Des QR codes pour économiser, partager, distribuer, rationner de l’eau (et pas que)

“La pénurie d’eau entraîne des conséquences telles que l’insécurité alimentaire, les conflits, la migration et l’instabilité financière”
Andrew Steer, PDG du World Resources Institute (WRI)

4 milliards d’humains environ vivent de graves pénuries d’eau pendant au moins un mois par an
Source : World Resources Institute

L’accès à l’eau est un droit fondamental
ONU, résolution 64/292

INTRODUCTION

Parfois appelée « or bleu », c’est une ressource de plus en plus rare, chère et stratégique. Et si nous pourrions vivre sans Internet, sans énergies fossiles, sans électricité, nous ne pourrions pas vivre sans eau. Pourtant, le sujet n’est pas suffisamment présent dans les grands débats publics. 

De nouvelles guerres – dont des « guerres de l’eau » – se profilent à l’horizon. Les  ressources de notre planète vont continuer de se raréfier. C’est pourquoi il est probablement indispensable – et inéluctable – que des politiques de modération, de restriction ou de rationnement se multiplient. Voyons le verre à moitié plein : celles-ci pourraient permettre de garantir au plus grand nombre un accès minimal à ces ressources. De mieux les partager. Elles constitueraient un outil de solidarité. Contribueraient à la paix sociale. Dans le cas de l’eau, une chose est sûre : si les gens sont assoiffés, ils vont se révolter !

Pour mener à bien ces politiques, il serait
parfois souhaitable de pouvoir authentifier les usagers. Autrement dit, de s’assurer que telle personne a bien droit à telle ressource à tel moment. 

Faciles à créer, à scanner et à utiliser, les QR codes ont été employés récemment pour le rationnement de nourriture et de carburant. Et si nous les expérimentions pour celui de l’eau ? 

QR code smarthone

Distribution de carburant par QR code au Sri-Lanka
Distribution de carburant au Sri Lanka (à partir d’un QR code imprimé)

À la place des QR codes ou en complément, d’autres méthodes d’authentification pourraient être envisagées — nous les évoquerons très brièvement. En tout cas, il pourrait être souhaitable d’utiliser ces technologies pour contrôler l’accès à l’eau. Et pas seulement dans des régions où celle-ci est rare.
On pourrait demander aux personnes de s’authentifier… 

Dans des bâtiments collectifs : 

    • Des lieux qui accueillent beaucoup de monde (piscines municipales, foyers, prisons, hôtels, etc.)
    • Des habitations individuelles (colocations en particulier)   
    • Notamment pour les douches 
    • Y compris pour de l’eau chaude

Dans l’espace public :

    • Au niveau de fontaines, puits, tours à eau 
    • Dans le cadre de distributions de bouteilles ou de packs
    • De distributions par camions-citernes
    • En n’ayant plus à faire la queue « physiquement »
    • Au plus proche de chez soi 

Vous trouvez que cela ressemble à un scénario dystopique, digne de la série Black Mirror ? Même si l’on est à priori réfractaire à ce type de dispositifs, il est important de bien comprendre leurs bénéfices potentiels. Il pourrait notamment être un levier pour mieux gérer et distribuer cette ressource. De manière plus équitable. Plus solidaire. Plus fiable. Plus prévisible. Plus transparente. Plus intelligente. Plus Efficace. Et aussi de nous faire faire des économies – individuellement et collectivement. 

Saviez-vous qu’il existe des applications qui permettent de connaître la qualité de l’eau du robinet ou de localiser des endroits où se désaltérer et se baigner ? Nous verrons de quelle manière il serait aussi intéressant que ces applications permettent de :
— mieux informer les consommateurs et usagers de services de fournitures d’eau,
— aider les administrateurs de campagnes de rationnements à :
    — structurer les distributions,    
    — calculer
les droits des bénéficiaires,

    — améliorer leurs conditions d’attente de manière radicale.

Nous nous focaliserons ici sur la distribution aux personnes. Cependant, nous pourrions peut-être avoir recours à ces solutions dans l’agriculture irriguée, qui est encore plus gourmande en eau. Mais aussi pour toutes sortes de biens de première nécessité. Par exemple :

    • des protections hygiéniques,
    • couches pour bébés,
    • nourriture pour enfants,
    • médicaments,
    • matériel médical,
    • préservatifs,
    • vêtements 
    • etc.

L’eau est un bien commun. Elle appartient à tout le monde. Pas qu’aux humains d’ailleurs : nous la partageons avec les animaux et les végétaux. « L’eau est au monde ce que le sang est à notre corps » a écrit un jour Léonard de Vinci. Prendre soin de l’eau, c’est aussi prendre soin de nous même. Nous devons donc l’utiliser raisonnablement. Mieux la partager. Ne pas la considérer comme acquise.  

Autre ambition de ce billet : proposer des pistes pour réduire la consommation de bouteilles en plastique à usage unique.

Dans cet article riche, mais concis, vous découvrirez de toutes nouvelles solutions en matière de « water welfare » (politique sociale de l’eau). Mais aussi en matière de rationnement et de partage des ressources en général.

Bien sûr, elles ne sont pas adaptées à tous les environnements. L’objectif ici est de proposer de nouvelles pistes de travail. D‘offrir une base de débat et de réflexion collective. Une boîte à idées. Un espace où chacun est invité à proposer les siennes, à piocher parmi celles des autres et à donner son avis.

SOMMAIRE :

    • Éléments de contexte 
      • La pénurie d’eau 
        • Sur la planète
        • En France
    • Comment et pourquoi mieux informer les usagers 
    • Authentifier les usagers 
      • Où ?
        • À des points de distribution publique
        • Dans des bâtiments collectifs
      • Pourquoi et comment ?
        • Choisir les bons procédés : quelques critères
        • Utiliser des QR codes
          • Pourquoi  ?
          • Comment ?
        • Autres procédés à envisager
      • Finalités concrètes d’un système d’authentification des personnes :
        • Mieux maîtriser son budget et sa consommation d’eau 
        • Mieux maîtriser l’utilisation de douches
        • Garantir un minimum à chacun, dans chaque logement
        • Mieux organiser des distributions publiques   
          • Ne plus avoir à y faire la queue « physiquement »
          • Libérer du temps pour d’autres activités
        • Mieux contrôler l’utilisation de points d’eau dans l’espace public
    • Rationner, c’est repenser le système 
          • Pour une gestion plus équitable
          • Plus démocratique
          • Plus efficace
          • En tirant parti d’applications d’administration
            • Pour calculer les rations et les droits des bénéficiaires
            • Pour mieux structurer les distributions
    • Idées complémentaires
      • Pour limiter l’usage
        • De douches
        • De bains
          • Une prime à la casse pour les baignoires
          • Demain, plus de bains ?
          • Ou bien, juste un de temps en temps
      • Concernant les points d’eau dans l’espace public
        • Établir des quotas dans le but de faciliter un accès partout sur les territoires 
        • Diverses idées
    • RÉSUMÉ 
    • Et vous, qu’en pensez-vous ?
    • Pour aller plus loin

La pénurie d’eau : éléments de contexte 
Dans bien des régions du monde, c’est un casse-tête quotidien de :
— cuisiner,
— se laver,
— laver son linge,
— utiliser des toilettes,
— faire fonctionner les hôpitaux,
— et même : étancher sa soif.


Le World Ressource Institute rappelle ceci :
« La pénurie d’eau met en péril la vie, l’emploi, la sécurité alimentaire et énergétique des populations. L’eau est essentielle à la culture et à l’élevage, à la production d’électricité, au maintien de la santé humaine, à la promotion de sociétés équitables et pour faire face aux défis climatiques mondiaux ».


Sans une meilleure gestion, la croissance démographique, le développement économique et le changement climatique risquent d’aggraver le stress hydrique.

Sur la planète 

  • 2,1 milliards d’humains, soit 30 % de la population mondiale, n’ont pas accès à une eau potable à domicile
  • Les sécheresses ont augmenté de 29 % en 20 ans
  • Le manque d’eau potable pousse les personnes à se tourner vers des eaux « non conventionnelles » (notamment issue de la pluie ou de rivières) qui peuvent provoquer des maladies
  • Il y a une multiplication des conflits liés à l’eau : 94 entre 2000-2009 → 263 entre 2010-2018
  • « Une grave crise de l’eau se profile », a mis en garde Petteri Taalas, le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM)

En France

La France connaît actuellement une sécheresse particulièrement importante. Au début du mois d’août 2026, les 99 départements de France métropolitaine étaient au moins placés en vigilance sécheresse, et 67 départements étaient au niveau « crise », le niveau de restriction le plus élevé. Près de 70 % du territoire faisait alors l’objet de restrictions d’usage de l’eau.

À l’horizon 2050, « de fortes restrictions » seraient à prévoir, selon une note publiée en juin 2025, le Haut-Commissariat. En effet, « 88 % du territoire hexagonal pourrait être en situation de tension modérée ou sévère en été en matière de prélèvements ». 


À Mayotte et à la Réunion, les cyclones Chido et Garance ont rendu l’accès à l’eau (encore) plus difficile qu’il ne l’était.
De nombreuses écoles doivent régulièrement fermer leurs portes sur l’île, faute d’eau disponible.

« On a quelques bouteilles (…), mais honnêtement, on ne sait pas à qui on va donner ou à qui on ne va pas donner. C’est vraiment insuffisant ! » déplorait Salama Ramia, sénatrice de Mayotte, au microphone de France Info le 18 décembre 2024.

« Les premiers arrivés aux distributions sont les premiers servis » expliquait Said Ibrahima Maanrifa, maire de M’Tsangamouji dans les colonnes du journal Le Monde le 14 février 2025. 

De plus, les habitants prennent d’assaut les supermarchés. « Dès qu’il y en a, on en prend », expliquait un client à l’AFP le 24 janvier 2025.

« On n’a pas le choix, on boit cette eau même si elle est un peu boueuse », déclarait même un Mahorais le 20 décembre 2024 au microphone d’Europe 1.

Comment et pourquoi mieux informer les usagers ?

À Mayotte, comme dans bien des régions du monde, les difficultés d’approvisionnement en eau sont monnaie courante, les coupures sont fréquentes et la visibilité quant au rétablissement des services est insuffisante. Il est difficile d’anticiper et de s’organiser.

« La non-information crée de l’angoisse », expliquait un Mahorais dans les colonnes du journal Le Monde en décembre 2024. Cette situation est d’autant plus anormale, que les usagers payent pour ce service — parfois au prix fort. 

Même s’il y a des restrictions, le consommateur devrait à minima connaître à l’avance :
— la quantité d’eau qui sera fournie à son domicile,
— les moments où elle sera disponible (quels jours, sur quelles plages horaires, à quelle fréquence),
— sa potabilité,
— et s’il doit sortir de chez lui pour s’en procurer : où et quand les distributions auront-elles lieu ?

À cet effet, il serait souhaitable de développer des outils offrant des fonctions informatives :
— Applications mobiles,
— 
Sites Internet d’information en temps réel,
— 
SMS d’alerte.

Certaines applications permettent d’ores et déjà de :
— localiser des endroits pour se désaltérer, 
— pour se baigner,
— pouvoir connaître la qualité de l’eau du robinet (voir les annexes à la fin du document)

De plus, si les gens peuvent connaître et s’assurer de sa qualité, ils la consommeront plus volontiers. Et ils auront tendance à délaisser les eaux en bouteilles, ce qui est :
— plus économique : en France, par exemple, un litre du robinet coûte de 100 à 400 fois moins cher qu’un litre en bouteille.
— plus écologique : l’eau du robinet a une faible empreinte carbone (pas besoin de fabriquer des emballages, de transporter, de recycler).

Vers un Ecowatt de l’eau ?

Connaissez-vous Ecowatt ? Mise en place par le gouvernement français, cette application vise à informer les particuliers sur les risques de saturation du réseau d’électricité.

Une application équivalente pour la gestion des ressources en eau est en cours de création. C’est l’une des 53 recommandations formulées dans le cadre du Plan Eau 2023, présenté comme un « plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau ». Cette application pourrait sans doute intégrer certaines des propositions présentes dans cet article et dans ses commentaires… 

Authentifier les usagers  

Authentifier, qu’est-ce que ça veut dire ? Nous parlons ici d’un processus informatique qui permet d’identifier une personne et de s’assurer qu’elle est bien autorisée à accéder à certaines ressources sécurisées. Dans le cas présent : une certaine quantité d’eau à une certaine fréquence. À noter : il est tout à fait possible d’identifier une personne sans connaître son état civil.

Où authentifier les usagers ?

Pour garantir un minimum vital à chacun, de plus en plus de groupes humains ou de territoires choisissent de recourir au rationnement de ressources — ou du moins à des restrictions d’accès. Le recours à des méthodes d’authentification (QR code ou autres) pourrait permettre de mieux les partager. Pour l’eau, cela pourrait être au niveau :
— d’un foyer,
— un logement,
— une copropriété,
— une institution,
— un quartier,
— un village,
— une ville,
— une région,
— un pays,
— Et peut-être même à l’international 

Authentifier les personnes pourrait être particulièrement pertinent :

À des points de distribution publique  

À Koungou sur l’île de Mayotte, la file d’attente au milieu des débris de Chido pour avoir de l’eau • © Daniel Abdou

Une fois la personne authentifiée (avec son téléphone, par exemple), elle recevrait une quantité d’eau prédéfinie :
— en bouteilles,
— en packs
— ou en litres versés dans le cas de :
   —  un puits,
   —  un réservoir,
   —  une tour,
   —  une citerne.

La distribution par camions-citernes est aussi une option intéressante (notamment en cas de catastrophe naturelle). En effet, elle offre une grande flexibilité : on peut très rapidement ajuster l’organisation des tournées. De plus, elle permet de couvrir un vaste territoire, y compris des zones reculées.
  

Dans des bâtiments collectifs

On pourrait y équiper de lecteurs QR des douches, des lave-linge, voire même des robinets si nécessaire. En particulier dans des établissements accueillant un grand nombre de personnes :
— les douches publiques,
— piscines municipales,
— hôtels,
— casernes,
— prisons,
— internats,
— foyers (pour enfants, étudiants, migrants, sans-abri, séniors, travailleurs, etc.)

Mais aussi dans des maisons et des appartements (particulièrement dans des colocations).

Comment et pourquoi authentifier les usagers ?


Et si nous abandonnions les méthodes de vérification obsolètes, et notamment les processus papier ?

En effet, ils sont lourds et davantage sujets aux erreurs et aux fraudes. Les cartes de rationnement “papier”, notamment, sont exposées aux contrefaçons.

Des technologies d’authentification telles que les QR codes présenteraient de nombreux avantages. Elles pourraient enclencher bon nombre de mécanismes vertueux. L’objectif serait notamment de limiter les abus, les excès et les comportements égoïstes. Et, à l’inverse, de faire en sorte que :
— le partage de la ressource soit pensé, organisé et effectif, 
— il y en ait pour tout le monde, 

— les personnes aient davantage de visibilité sur leurs ressources à venir (pour elles et leurs proches),
— elles gagnent ainsi en sérénité,

— nous tendions vers davantage de justice sociale et de solidarité,
— tout en développant une culture de la sobriété,
— et en responsabilisant les personnes.  

Choisir les bons procédés : quelques critères 

Le choix des modalités d’authentification (et de distribution en général) doit prendre en compte des considérations :
— humaines,
— technologiques,
— organisationnelles,
— juridiques,
— éthiques.

… Et bien sûr, le contexte d’implantation et les spécificités de chaque environnement.

À noter : il peut être souhaitable, pour des raisons de sécurité, d’exiger le recours à plusieurs méthodes d’authentification. Par exemple : demander un QR code ET un mot de passe. On parle alors d’authentification multi-facteurs.

Point de vigilance majeur : la protection des données personnelles. Un exemple : parfois, on pourrait demander l’état civil des gens, d’autres fois, préserver l’anonymat serait préférable. C’est le cas à Mayotte, par exemple. En effet, des personnes sans-papiers renoncent à aller chercher des vivres pour elles-mêmes et leur famille, de peur d’être arrêtées. 

Utiliser des QR codes 

Pourquoi 

Technologie simple, mais puissante, le QR code présente de nombreux avantages dans le cadre de distributions publiques. En voici quelques-uns :
— Rapidité de lecture, praticité, réduction des erreurs,
— Faible coût, 
— Utilisables par tous types d’utilisateurs, y compris des personnes peu instruites,
— Traçabilité́ logistique :
     — pour suivre précisément l’acheminement d’un article,
     — s’assurer qu’il a bien été réceptionné par la personne destinataire,
     — améliorer la coordination entre les différents acteurs de la chaîne d’approvisionnement, 
     — offrir une visibilité précise sur les niveaux de stock afin d’éviter les ruptures, 
     — permettre une meilleure organisation et planification des campagnes suivantes,
     — optimiser le fonctionnement général.

Comment 

Du côté des administrateurs (les personnes qui assurent les distributions), les QR codes peuvent être décodés grâce à :

  • un simple smartphone (fonctionnement hors ligne possible)
  • une tablette tactile
  • une Webcam

Du côté des personnes bénéficiaires, les QR codes peuvent être reconnus à partir de multiples supports :

    • leurs smartphones,
    • des téléphones portables plus anciens (à certaines conditions techniques),
    • ou de documents papier : 
      — imprimables à partir de n’importe quelle imprimante
      — collés sur des cartes de rationnement
      — collés sur des bouteilles ou des gourdes
      — ou des bidons

FOCUS
Fournir des récipients standardisés en termes de fabrication et de capacité présenterait des avantages (que ce soit pour de l’eau ou de la nourriture):
— garantir l’usage de récipients de qualité et durables,

— qui permettent de préserver la chaleur dans le cas de la nourriture,
— inclure un bouchon ou un couvercle (au cas où les personnes les renverseraient),
— une poignée,
— des roulettes (si le sol permet de faire rouler le récipient),   

— favoriser une distribution plus rapide, égalitaire et apaisée,
— et éventuellement : faciliter la mise en place d’un système de consigne (dans le cas de bouteilles).

    • Des “tatouages” temporaires :
      Ces tatouages éphémères seraient réservés exclusivement aux personnes qui en font la demande. Imprimés sur une partie de leur corps (le poignet, par exemple), ils ne contiendraient aucune information sur les individus — uniquement sur leurs droits (de quelles quantités peuvent-ils bénéficier et à quelle fréquence).

      Ce serait pertinent, entre autres, dans des casernes ou des prisons, car les personnes y restent longtemps et en sortent rarement. Ou encore dans des zones telles que Gaza, où pouvoir recevoir ses rations peut être une question de vie ou de mort.

      Grâce à eux, plus de problème de batterie sur son téléphone. Ni de perte ou vol de document papier. De plus, ils peuvent durer jusqu’à plusieurs semaines. Et quand ils cessent d’être lisibles, on peut les réimprimer.

      Il est essentiel que des solutions alternatives soient proposées aux personnes. Aussi et surtout : d’être extrêmement vigilants quant aux risques de dérives.

Autres procédés à envisager 

Le QR code est une technologie adaptée à de nombreux cas d’usage – pas dans tous. À la place des QR codes ou bien en complément, on pourrait authentifier les personnes par :

    • Une pièce d’identité
    • une carte de rationnement “classique”
    • clavier à code, 
    • carte (avec ou sans code à taper),
    • bluetooth (depuis son smartphone)
    • mot de passe à usage unique : il s’agit de codes qui expirent peu de temps après leur émission. Ils sont communiqués par SMS, mail ou jeton matériel (exemple : un porte-clés sans fil).
    • notifications Push : les personnes reçoivent un message sur leur téléphone leur demandant d’approuver ou de rejeter une demande d’accès
    • Authentification vocale : la personne essayant d’accéder au service reçoit un appel téléphonique, pendant lequel elle est invitée à entrer un code ou à s’identifier verbalement.
    • RFID

Finalités concrètes d’un système d’authentification des personnes

Quelles que soient les technologies retenues, le fait de correctement authentifier les personnes pourrait être utile pour :

Mieux maîtriser sa consommation et son budget

La demande pourrait venir de consommateurs, de contribuables, d’institutions ou de collectivités souhaitant faire des économies. Notamment grâce à une facturation responsabilisante. 

Un système d’authentification associé à un compteur intelligent permettrait de mesurer et suivre la consommation des personnes. Différentes possibilités sont envisageables :
— Chacun pourrait payer un montant précisément proportionnel à sa consommation personnelle,
— S
ans lui imposer de limites, on donnerait à l’usager des indications. Dans ce cas, il y aurait tout de même un message invitant à la modération. Par exemple : « Prière de vous limiter à x litres par jour/semaine/mois »,

— il y aurait un quota indépassable : le débit serait interrompu une fois que l’usager l’a atteint (il recevrait cependant des alertes à l’approche de ce quota),
— il pourrait dépasser ce quota, mais en complétant « de sa poche ».

Actuellement, dans certains territoires, le prix du litre d’eau est dégressif. Le contraire serait préférable : plus on consomme, plus le prix du litre devrait être élevé. Les premières tranches devraient aussi être les moins chères. En plus d’inciter à la sobriété, cela équivaudrait à soutenir davantage les ménages aux revenus plus modestes. 

Mieux maîtriser l’utilisation de douches

Une fois authentifié (grâce à un code, par exemple), chaque utilisateur pourrait déclencher sa douche. Un compte à rebours s’afficherait pour indiquer le temps ou les litres restants (comme on peut visualiser le niveau de charge de son téléphone portable).

Outre les économies réalisées, voici quelques-uns des bénéfices potentiels :
— éviter que quelqu’un ne se retrouve dans l’impossibilité de se doucher (avec de l’eau chaude, si possible) à cause des personnes qui l’ont précédé, 
— réduire les temps d’attente et d’occupation des salles de bain (surtout le matin ou si les toilettes sont dans la SDB), 
— ménager les nerfs des personnes qui attendent leur tour,
— mieux planifier et gérer les « rotations », en particulier dans des lieux accueillant un grand nombre de personnes,
— faciliter le travail des agents qui gèrent ces lieux.  

Il serait particulièrement pertinent de mettre en place des comptes à rebours dans les douches des piscines municipales, bains-douches, foyers, établissements pénitentiaires et hôtels.  

Garantir un minimum à chacun, dans chaque logement

Actuellement, les aides pour les personnes ayant des difficultés à payer leurs factures peuvent prendre différentes formes : chèque eau, allocation, réduction des factures…

Et si, au lieu de fournir une aide financière aux gens, on leur fournissait directement de l’eau dans leur domicile ? 

Dans le cadre de politiques de « water welfare » (politique sociale de l’eau), on pourrait assurer à chacun, dans chaque foyer, une quantité minimale, indépendamment de ses revenus. Cela éviterait que des personnes en soient privées par incapacité de paiement ou par mauvaise répartition interne.

À ce titre, le recours à des méthodes pour authentifier l’utilisateur (exemple : un code à taper) serait très intéressant dans bien des régions du monde. Il permettrait de :
— garantir une quantité plancher à chacun des habitants d’un logement,
— tous les jours de l’année,
— y compris pour de l’eau chaude,
— notamment pour qu’il puisse se doucher et rester propre, 
— un système d’authentification pourrait même figurer parmi les fonctionnalités d’un lave-linge.

L’allocation globale ET individuelle dans les foyers pourrait tenir compte de leur composition, de leurs revenus et de leurs dépenses liées à l’eau.

Mieux organiser des distributions publiques   

« Les gens font la queue pendant plusieurs heures sous 40 degrés pour rentrer bredouilles chez eux », décrivait Racha Mousdikoudine, présidente de l’association « Mayotte a soif » le 3 janvier 2025 sur France Info suite au passage du cyclone Chido. 

Dans de telles conditions, mettre en place des limitations paraît indispensable : il faut faire en sorte que chacun ait droit à une quantité donnée à une fréquence donnée. Pour cela, il est d’abord nécessaire d’établir des directives claires sur la répartition. Et ce, dans la concertation — c’est fondamental (nous aborderons plus loin la question de la gouvernance de la ressource en eau).

Une politique de distribution bien ajustée, combinée à un système d’authentification, permettrait de grandement réduire ces risques :
— que les premiers arrivés prennent tout,
— mettre fin à l’opacité,
— réduire les fraudes, les détournements, la corruption et le marché noir,
— le favoritisme, le népotisme,

— les discriminations et le sentiment d’injustice (réels ou perçus) parmi les bénéficiaires,
— la défiance envers les administrateurs ou les autorités, 
— les plaintes,
— les ruptures de stock.


Ne plus avoir à faire la queue « physiquement »

Nous avons tous connu ces désagréments dans des files d’attente :
— l’attente semble interminable, 
— le sentiment de perdre son temps,
— devoir mordre sur ses horaires de travail,
— devoir rester debout,
— en extérieur,
— dans le froid, sous le soleil, le vent ou la pluie,
— être entassé parmi d’autres personnes, 
— dans un espace restreint,
— affronter des bousculades,
— devoir batailler pour ne pas se faire doubler,
— les esprits qui s’échauffent,
— la frustration et l’anxiété que tout cela génère.  

C’est actuellement le lot quotidien de très nombreuses personnes vivant dans des zones de pénuries… Et les risques de tensions et de débordements augmentent considérablement lorsqu’il s’agit de se procurer une denrée aussi vitale que l’eau.

Et si les distributions ne nécessitaient plus de faire la queue « physiquement » ?

Proposer des files d’attente « virtuelles » permettrait sans doute de fluidifier, voire de mettre fin aux files d’attente « réelles ». 

Arrivés sur les lieux, on inviterait les personnes à s’inscrire en scannant un QR code (depuis un document papier si elles n’ont pas de téléphone portable). Ensuite, elles pourraient s’installer n’importe où : dans un endroit ombragé, dans un café à proximité — où elles veulent en fait. 

Un peu avant leur tour, elles recevraient une alerte par SMS. Pas forcément besoin d’un smartphone pour cela : des téléphones anciens font aussi l’affaire. On peut combiner cela à un grand panneau d’affichage.
 
Autres fonctionnalités utiles que l’on peut proposer : pouvoir suivre sa progression dans la file et avoir une estimation du temps d’attente restant.

En amont, chacun pourrait choisir un créneau horaire, en ayant connaissance des périodes creuses. Il serait également envisageable de proposer des plages avec rendez-vous et d’autres sans.

Bénéfices
 :

— réduction, voire suppression, des files d’attente « physiques »,  
— meilleure organisation et planification, 
— gains de temps potentiellement considérables,
— beaucoup moins de stress ou d’incertitude quant au temps d’attente, 
— pour les superviseurs : moins de situations tendues ou conflictuelles, voire de sécurité à gérer, 
— moindre besoin de personnel pour ce faire,
— un état mental apaisé chez les usagers, entre les usagers, mais aussi pour ceux qui assurent ces distributions.

Vous pensez que ce type de dispositif ne pourrait pas fonctionner dans les environnements où on rencontre des problèmes de discipline ? Au contraire : c’est probablement lorsque le rapport à la règle est compliqué qu’il serait le plus pertinent, le plus utile, le mieux venu, le mieux accueilli.

De plus, si jamais il y avait des fauteurs de troubles, ils pourraient être identifiés au moment où ils se présentent avec leur QR code puis  sanctionnés si nécessaire.

Libérer du temps pour d’autres activités

« Je passe ma vie à chercher des packs d’eau », expliquait une habitante de Mayotte au micro de France Info en octobre 2023.  

Une meilleure gestion des rationnements permettrait à chacun d’avoir plus de temps pour sa vie familiale et sociale. Mais aussi de pouvoir travailler normalement. Il y aurait ainsi une réelle incidence économique. Et ce serait apprécié par les employeurs.

Mieux contrôler l’utilisation de points d’eau dans l’espace public

Fontaines, puits, citernes : ces points d’eau sont souvent en libre accès et donc sujets aux fraudes ou aux abus. Quand la ressource est rare, cela peut s’avérer très problématique. C’est pourquoi il est essentiel, SI une collectivité décide de restreindre leur utilisation, qu’ils soient convenablement sécurisés.

Et si on prévenait les risques « à la source » ?

C’est le cas de le dire !

Non seulement les abus seraient évités, mais, de plus, cela permettrait de réduire les coûts de surveillance. Il ne serait plus nécessaire de déployer des « policiers de l’eau » qui parcourent un territoire à la recherche de contrevenants en flagrant délit.

De même, idéalement, on devrait pouvoir se passer de tout contrôle humain près des points d’eau. Comme pour des distributeurs automatiques de billets (DAB) dans la rue : il est pratiquement impossible de dérober l’argent qu’ils contiennent. Cela évite aux banques de faire appel — et de devoir rémunérer — des guichetiers et des agents de sécurité. De plus, les clients peuvent utiliser ces DAB à tout moment, jour et nuit.

Cependant, si la présence d’humains s’avère nécessaire, on pourrait faire appel à des « contrôleurs » pour s’assurer sur place que tout se déroule correctement. Grâce à un lecteur de QR codes, intégré dans leur smartphone ou tout autre appareil, ils pourraient scanner les QR codes des usagers qui se présentent avant que chacun puisse remplir ses bouteilles/bidons.


L’idéal serait que l’on verse à chacun la quantité précise à laquelle il a droit. Il faudrait pour cela une technologie qui fasse communiquer les outils que les agents utilisent sur place pour scanner (smartphone etc.) avec les sources de distribution d’eau (exemple : un camion-citerne). 

Et si l’on pouvait bénéficier d’un système de répartition équitable sans le moindre nouveau matériel ni le moindre investissement ?

On peut imaginer de totalement se passer d’infrastructures technologiques visant à sécuriser l’accès aux points d’eau. Il y aurait alors uniquement besoin d’une présence humaine sur place pour contrôler les distributions. Les individus chargés de cette tâche pourraient, par exemple, se déplacer d’un village à un autre. Ou même provenir de la communauté locale.  

Dans ces cas, l’accès à ces points d’eau pourrait, si nécessaire, être verrouillé en dehors des heures de distribution. Exemple : un puits pourrait être fermé et verrouillé.

Rationner, c’est repenser le système 

Pour une gestion plus équitable

Le saviez-vous ?

9 pays
se partagent près de 60 % des ressources naturelles renouvelables d’eau douce du monde.  

25 pays — abritant un quart de la population mondiale — font face chaque année à un stress hydrique extrêmement élevé (source : World Resource Institute).

Parler « ration » nous amènerait à parler « répartition ». Et c’est un débat plus que nécessaire !

Pour certaines personnes le concept de rationnement évoque d’abord la notion de « privation ». Il inquiète. Sonne « totalitaire ». C’est presque un gros mot.
Mais pour beaucoup, beaucoup d’autres, il est d’abord synonyme de « survie ». Le fait de restreindre, voire de rationner l’accès à une ressource peut permettre de garantir un minimum à ceux qui en ont le plus besoin. Si certains renoncent à quelques privilèges superflus, cela peut procurer à d’autres des biens de toute première nécessité. L’objectif n’est pas de priver : c’est de garantir ! 

Et si vous aviez soif ?

Imaginez un instant… 
Dans quel état seriez-vous si vous deviez marcher des kilomètres ou faire la queue pendant des heures pour vous procurer quelques litres d’eau ? Que ressentiriez-vous face à des personnes qui fonctionnent en mode « open bar » ? Que ressentiriez-vous, par exemple, à la vue d’une piscine personnelle dont le contenu assurerait de quoi boire pendant un mois à tout votre village ? 

Il ne s’agit pas de fermer les vannes ni de tous devenir des ascètes. Juste d’être plus raisonnable et d’être davantage dans le partage, car les temps ont changé. C’est aussi une question de justice sociale. D’autant plus que l’eau est un bien qui appartient à tous. 

Le cas du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale 
C’est en bonne partie grâce à des politiques de rationnement que le pays a pu tenir le choc pendant la Guerre… et la gagner ! En outre, celles-ci sont restées populaires jusqu’à la fin de la guerre, 77 % des Britanniques s’en déclarant satisfaits en 1944. Notamment parce qu’elles étaient perçues comme un moyen de renforcer la solidarité et de réduire les inégalités sociales, chacun étant soumis aux mêmes restrictions.

Oui, le rationnement peut constituer une solution socialement acceptable, souhaitable et même désirable pour une grande majorité d’êtres humains à travers le monde. 

Petit poème :

Pour moi, qui vis dans l’abondance,
Des concessions sans importance
Font des rations qui, même minces,
Sont pour toi des repas de prince

Pour une gestion plus démocratique

Comme il y a un grave déficit de débats public sur le thème de l’accès à l’eau, parler de rationnement nous amènerait à mener une réflexion en profondeur sur sa répartition et sa gestion. Nous réfléchirions alors collectivement à certaines questions fondamentales, et notamment : comment devons-nous la répartir ? Quels usages nous paraissent prioritaires ? Où ? Quand ? 

Cela permettrait de favoriser une gouvernance plus ouverte, transparente, démocratique et collaborative de cette ressource. D’éveiller les consciences. De susciter des réflexions. Pour fixer de nouvelles règles. 

Pour que certaines mesures évoquées ici deviennent réalité et pour qu’elles soient pérennisées, elles devront bénéficier d’une forte adhésion. Il est donc essentiel qu’elles soient le fruit de choix collectifs, d’une gouvernance collective. Et q
ue les décisions ne « tombent » pas d’en haut. Pourquoi ? Parce que :

     “Comment gérer notre eau”          
            Si ça tombe d’en haut
               
                 Ça tombera à l’eau

Pour une gestion plus efficace

Définir une politique de rationnement permettrait (impliquerait même) de repenser et réorganiser la gestion et la distribution de l’eau de manière globale :
— remettre à plat le modèle actuel,

— refondre les processus existants, 
— en adoptant une vision systémique, 
— pour aller vers une gestion plus intelligente :
       — décider de rationner nous conduirait ainsi à raisonner,           
       — nous conduirait aussi à rationaliser.

Nous pourrions notamment y parvenir…  

En tirant parti d’applications d’administration

Précédemment, nous avons évoqué des procédés qui, comme les QR codes, serviraient à authentifier les usagers. Par ailleurs, leur usage pourrait permettre de collecter de nombreuses données. Ces données permettraient ensuite d’améliorer et de structurer les distributions de manière globale. 

Dans cette optique, on pourrait également développer des applications à l’usage des administrateurs et des personnes qui gèrent les opérations de rationnement (par exemple : au sein de collectivités, de pouvoirs publics ou d’ONG humanitaires). Ces outils les assisteraient dans leurs diverses missions. L’objectif global :

Distribuer
les bonnes rations    
Aux bonnes personnes 
       
Aux bons moments
           
Aux bons endroits
 


Ils seraient utiles en particulier : 

Pour calculer les rations et les droits des bénéficiaires 

Il les aiderait à calculer les droits des personnes et des ménages (quantité d’eau et fréquence de distribution). Pour cela, les administrateurs renseigneraient un certain nombre d’informations dans l’application. Par exemple : 
— la quantité totale d’eau disponible ou entreposable,
— combien de temps doit-elle permettre au groupe concerné de « tenir »,

— quand aura lieu le prochain réapprovisionnement,
— combien de bénéficiaires y a-t-il au total, 
— quelle est la constitution des ménages (à noter : il y aurait davantage de droits pour les femmes enceintes, personnes âgées ou malades, nourrissons, enfants en bas âge, etc.),

— quels sont leurs revenus (les plus défavorisés percevraient davantage) 

Le passage de processus papier à des QR codes permettra de gagner en fiabilité. Cependant, même avec les QR codes, il est essentiel d’être extrêmement vigilant sur le point suivant : que les outils utilisés garantissent une allocation concertée, transparente et contrôlable de la ressource.   

Pour mieux structurer les distributions

Il serait très intéressant de réaliser des statistiques pour améliorer la gestion des ressources de manière globale. Et pour fonder les décisions de rationnement sur des données objectives et vérifiables. On peut notamment collecter des données, les analyser et les exploiter pour prendre des décisions éclairées :
— visant à rationaliser et mieux organiser les campagnes,
— effectuer des ajustements au fil de l’eau (c’est le cas de le dire),
— déterminer, par exemple, où et quand :
   — acheminer des rations ?
   — en quelles quantités ?
   — sous quelle forme (bouteilles, packs, réservoir, tour, citerne, camion-citerne) ?
   — dans le cas des camions-citernes : quels itinéraires choisir ?
— À plus long terme : où serait-il le plus judicieux de construire des châteaux d’eau, des fontaines ou de creuser des puits ?   

À noter : le fonctionnement d’applications destinées aux gestionnaires/administrateurs serait expliqué dans des tutoriels.
En complément, des téléopérateurs pourraient prendre en charge leur paramétrage, le support et la formation.

Idées complémentaires 
Pour limiter l’usage
De douches


L’idée suivante serait particulièrement appropriée pour les chambres individuelles, dans des résidences universitaires ou des pensionnats. Pour restreindre leur consommation, on installerait un système qui arrête l’écoulement de l’eau après un temps donné (par exemple, un total de 5 minutes de douche) ou un volume donné (par exemple, 50 litres). 

Si l’on veut laisser  à la personne la possibilité de prendre plusieurs douches dans une même journée, ce qui peut être souhaitable quand il fait chaud, on pourrait imaginer la chose suivante : pour qu’elle redémarre, il serait nécessaire de patienter, par exemple, 15 minutes. Cela permettrait de prendre plus d’une douche dans une même journée, mais découragerait très fortement les usagers de s’y éterniser.

De bains 

Pour beaucoup, remplir un bain est un geste anodin… Demain, ce sera peut-être un réel luxe — même pour les plus aisés. D’où l’intérêt d’étudier les pistes suivantes :

Une prime à la casse pour les baignoires


Avec une aide financière pour l’installation de nouvelles douches. L’objectif étant, bien sûr, que les gens abandonnent la pratique des bains.

Demain, plus de bains ?

Sur décision des autorités compétentes ou encore de la personne qui règle la facture au sein d’un foyer, on pourrait aussi envisager de rendre impossible le remplissage d’une baignoire. Par exemple, en faisant en sorte que la quantité d’eau chaude délivrée en une fois ne suffise pas pour remplir un bain.

Ou bien, juste un de temps en temps

On pourrait aussi restreindre la prise de bains à une certaine fréquence, par exemple une fois par mois. On pourrait même en offrir un aux personnes ayant fait preuve de modération sur une certaine durée. 

Concernant les points d’eau dans l’espace public

Établir des quotas dans le but de faciliter l’accès partout sur les territoires 

Il existe bien des réglementations pour imposer des pourcentages de logements sociaux dans les communes. Or, un point d’eau est sans doute (encore) plus bénéfique à une collectivité qu’un logement social. En tout cas, il sert à (beaucoup) plus de monde tout en coûtant (beaucoup) moins cher. En outre, comme nous l’avons dit en introduction, l’accès à l’eau est un droit fondamental (ONU, résolution 64/292).

En France, c’est une obligation légale d’installer au moins une fontaine à eau potable à accès gratuit pour tous les lieux recevant du public (ERP) accueillant plus de 300 personnes, comme les gares, les stades, les musées, les salles de concert, les centres commerciaux, etc. 

Et si l’on fixait des quotas de points d’eau dans l’ensemble de l’espace public, sur l’ensemble des territoires d’un pays ?
  
Par exemple : devoir fournir au moins une fontaine pour 1 000 habitants. Ou plutôt : pour 1 000 usagers. La distinction est importante. Un  exemple pour l’illustrer : les environs de la tour Eiffel sont peu habités, mais sont fréquentés par un grand nombre de personnes.

Le saviez-vous ?
15 milliards de bouteilles en plastique à usage unique sont consommées chaque année en France

Un quota de points d’eau permettrait notamment :

    • De réduire la consommation de bouteilles en plastique à usage unique.
    • Faciliter l’accès à la ressource pour tout le monde
    • En particulier aux personnes en situation de précarité et qui n’ont pas accès à l’eau potable dans leur logement.
    • Et plus largement, tous les usagers d’un territoire (exemple : habitants d’un quartier, touristes, sportifs, etc.).
    • Accroître l’attractivité des territoires où on implante ces points d’eau 
  • Constituer un signe visible, utile et populaire de l’action publique.

    À noter : demander aux gens d’utiliser des moyens d’authentification (QR codes ou autres) au niveau des fontaines pourrait permettre de cartographier les besoins en eau de manière très fine. Ensuite, on pourrait déterminer précisément dans quelles zones il faudrait en construire de nouvelles.

    Diverses idées
    • Pour prévenir les abus, une solution couramment utilisée consiste à privilégier des fontaines à faible débit/pression. Cela dissuade les personnes de se servir de quantités excessives.
    • Installer un distributeur de savon ou de gel hydroalcoolique sur les bornes-fontaines.
    • Y installer des gamelles reliées par une chaîne pour permettre aux animaux de compagnie de se désaltérer.

RÉSUMÉ   

L’accès à l’eau est devenu une source de tensions géopolitiques majeures… mais elle appartient à tout le monde. Pas qu’aux humains d’ailleurs : nous la partageons avec les animaux et les végétaux. Nous devons donc en prendre soin. L’utiliser raisonnablement. Équitablement. Et ne pas la considérer comme acquise.

Et s’il y a bien un domaine où les pouvoirs publics devraient répondre présent, c’est bien celui-ci. 

Aborder la question du partage, de la distribution et du rationnement de l’eau dans le débat public favoriserait :
— une gouvernance plus transparente, démocratique et collaborative,
— une réflexion en profondeur sur la manière dont nous la gérons, 
— pour davantage d’efficacité
— de responsabilité,
— de sobriété et de justice hydriques,
— une prise de conscience salutaire : sans eau, plus de vie !

Le but premier d’une politique de rationnement devrait être de garantir à chacun une quantité minimum d’une ressource. Celui-ci peut être un outil précieux pour renforcer la solidarité et la stabilité sociale et économique. À l’échelle locale et mondiale. 

Le QR code, outil simple et éprouvé, peut nous aider à nous modérer et à mieux répartir cette ressource :
— pour mieux structurer, rationaliser et planifier sa distribution,
— apporter de la prévisibilité aux personnes,
— de la sécurité (y compris sur le plan psychologique),

De manière générale, utiliser les procédés d’authentification modernes devrait permettre :
— d’apporter davantage d’équité, de sérénité,
— réduire les fraudes, la corruption, les excès, les abus, les détournements, l’opacité,
— nous faire faire des économies,
— collecter et disposer de données chiffrées et vérifiables (notamment pour avoir un débat public éclairé) 
— dans le cadre de distributions publiques :
    — ne (presque) plus avoir à faire la queue,
    — réduire le stress des usagers,
    — simplifier le travail des agents de distribution (un smartphone suffit pour scanner un QR code),
    — améliorer la logistique,  
    — savoir où construire de nouvelles infrastructures,

Enfin, il y a peut-être ici une occasion d’instaurer des dispositifs de consignes de bouteilles. 

Une fois des solutions technologiques mises au point, elles pourraient être utilisables par tous ! Cela peut aller bien plus vite qu’on ne l’imagine !   

Que pensez-vous de tout cela ? 

Cet article est, lui aussi, le fruit d’un travail collectif. Vous êtes invité, si vous le voulez bien, à contribuer à votre tour !

Quelles seraient vos suggestions concernant les différentes pistes d’action évoquées ? Sentez-vous libre de réagir, de commenter, d’apporter votre pierre à l’édifice.

Pour aller plus loin 

« 
Sommes-nous entrés dans l’ère du rationnement ? » podcast publié le 4 janvier 2023 sur le site de Radio France

DELUZARCHE, Céline. « Le manque d’eau touchera 5 milliards d’êtres humains d’ici 2050, avertit l’OMM » publié sur le site Futura Sciences le 10 octobre 2021

« Pendant ce temps-là… — “Mayotte a soif” » publié sur le site Brut le Media le 30 août 2023

« Eau non potable ou infectée, des heures d’attente : la distribution de l’eau est jugée “catastrophique” par l’association “Mayotte a soif” » publié sur le site de France Info le 3 janvier 2025

En mars 2023, le gouvernement français a présenté un plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau. Nous pourrions examiner les 53 recommandations qu’il contient pour identifier des solutions potentielles. L’une d’entre elles : créer une application mobile pour nous aider à mieux gérer la ressource.

Quelques applications
 pour gérer la ressource en eau :

Et spécifiquement pour la localisation de point d’eau sur le territoire Français :

Auteur/autrice : Eliès Pichelin

Eliès Pichelin

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